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    Les origines du projet

         

    A l’origine de ce projet: une volonté et deux femmes…

    Cela faisait longtemps que je souhaitais réaliser un témoignage pour rendre hommage aux hommes et aux femmes, à tous ces anonymes qui ont lutté contre le nazisme. Deux femmes qui ne se sont jamais rencontrées ont finalement permis cette concrétisation: la première, Nathalie, (surnommée Mimi), née à Moscou en 1901, est décédée à Lausanne en 1972. La seconde, Serafima, née à Tsaritsyne aux alentours de 1905, a disparu à Stalingrad à l'automne 1942.

    C’est certainement ma grand-mère maternelle son histoire, ce qu’elle a pu m’en transmettre, directement ou par personnes interposées, qui m’ont incité à me rendre à Volgograd. Ses parents, émigrés de Suisse, s’étaient installés à Moscou à la fin du 19ème siècle. Ils y ont eu quatre enfants. Contraints au retour par la Révolution de 1917, ceux-ci n’en sont pas moins restés très attachés au pays où ils étaient nés. De ma grand-mère, j'ai plus particulièrement gardé deux souvenirs. D’abord ces chansons russes qu’elle me fredonnait lorsque j’étais enfant. Ensuite «les larmes de Mimi», dont m'a souvent parlé ma mère pendant mon adolescence. Ces pleurs, je ne les ai en réalité jamais vus, mais leur évocation m’a tellement marqué que j’oublie souvent n’en avoir pas été le témoin direct. C'est le chagrin de ma grand-mère, ressenti semaine après semaine pour «ses» soldats de l’Armée rouge, à chaque fois qu’elle prenait connaissance d’informations émanant de Stalingrad durant la bataille qui en était la source. C'est au milieu de cet enfer qu’a péri cette autre femme, Serafima Fedorovna Voronina, dont j’ai rencontré une arrière-petite-nièce lors de mon second voyage à Volgograd en 2008. J’y étais venu une première fois en février de la même année, à l’occasion des célébrations du 65ème anniversaire de la victoire de la bataille de Stalingrad. Cet événement qui a manifestement marqué un tournant majeur dans l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale, m’était, au fil de mes lectures, progressivement apparu comme l’arrière-plan exemplaire à la réalisation de mon projet photographique.

    Lorsque nous avons fait connaissance en mars 2008, Victoria Tikhomirova m’a d’emblée parlé du journal de son arrière-grand-tante, Serafima Fedorovna Voronina; ce document exceptionnel, qui n’a jamais été publié, témoigne du quotidien des habitants pris au piège de la bataille de Stalingrad. Cette civile s’est confiée, durant l’automne 1942, jour après jour à son Journal ; elle a disparu dans un bombardement fin octobre 1942. 68 ans après s'être perdue au milieu des décombres, sa voix s’élève aujourd’hui en résonance aux images de ce livre. Renforçant l'empreinte laissée par le passage du temps dans un lieu marqué par le drame de l'histoire, elle fait écho à ce que peut nous en révéler Volgograd telle que la ville s'offre à nous en ce début de 21ème siècle.

    Maurice Schobinger
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